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Le Cabinet Des Mythographes est un projet artistique qui prend appui sur les mythologies de toutes origines temporelles, géographiques et culturelles mené par un écrivain (Jean Daniel Dupuy) et un comédien/metteur en scène (Vincent Vabre). L'objet en est la création d'un fonds commun d'écritures mythologiques et territoriales révélé au public par la publication d'un livre unique (multimédia) et de ses fac-similés et par sa mise en ligne sur internet (blog et site). Les deux artistes se considèrent comme des passeurs, ils envisagent leur action comme une fabrique d'imaginaire où ils proposent, de façon ludique, des outils de création à tous les publics sur tous les territoires. Ils ont dans l'idée que les mythes étant les fondements des sociétés et les miroirs du monde contemporain, tout être humain prenant part à cette fabrique entre en mythographie et devient un mythographe, faisant ainsi œuvre et société.

jeudi 3 juillet 2014

Le Cabinet Des Mythographes [Saison # 2] Projet Dédale: Introduction à la visite du Cabinet Numérique

Tout d'abord le Cabinet des Mythographes doit être reconsidéré ici comme une expérience de partage et de fabrication d'imaginaires où « les passeurs » que nous sommes ont pour objectif de rencontrer « un public » et d'échanger avec lui autour des mythes et de mettre en perspective la résonance de ces vieilles histoires avec notre présent. Ce partage se fait sur la base d'une réciprocité induite par la présentation de « pièces » issues du cabinet de curiosités constitué par nos soins suivant les pistes de réflexions et de jeux que propose le mythe choisi. L'échange ayant pour but la création de nouvelles pièces, que le public devienne alors passeur donc mythographe. Que le public fasse œuvre et qu’ensemble nous fassions société.

Nous choisissons toujours le mythe suivant notre idée de départ qui est celle « du retour à la source».
Entendons-nous bien il n'est pas question d'une recherche réactionnaire qui érigerait le passéisme en mode de pensée, nous parlons d'un retour à la source concret, d'un voyage géographique mental, d'une exploration des rivières souterraines de l'imaginaire sacré et profane qui sans cesse rejaillissent dans les arts mais aussi dans le quotidien du monde contemporain, en évitant les écueils de la religion et d'un passé idéalisé. Si lors de notre première expérience mythographique nous avions choisi Prométhée c'est qu'il nous permettait de boire à la source première, celle de la naissance de l'humanité, de l'apparition du feu, source de vie et de création. Quoi de plus évident pour la naissance d'une fabrique d'imaginaires ? Et si pour rythmer notre deuxième saison nous pénétrons dans le Labyrinthe c'est que nous y poursuivons de façon tout aussi évidente les traces d'un autre créateur « génial » Dédale, de son fils Icare, du monstre dont il est à l'origine, que nous y trouvons les multiples chemins qui nous permettent de nous perdre en compagnie d'Ariane, Minos et Pasiphaé mais aussi d'Antigone et d'une Perdrix.

Sur ces pistes se profile la « résidence d'artiste » dont nous révélons à présent la source et les flots qui en découlent.
Si le choix du labyrinthe comme espace de mythographie est venu d'une intuition, il s'est avéré être la suite logique de notre travail l'an passé avec les élèves de 1ere Maintenance Nautique dans ce même lycée. Nous avons donc bâti notre réflexion sur l'idée de notre présence dans ses murs et parmi ses occupants. Au-delà des parallèles « évidents »  entre le mythe et le lycée Mermoz ( l'existence commune d'un architecte, une ville dédiée au Taureau comme l'Île de Crète, des hommes volants Mermoz et Icare, des adolescents (sacrifiés?) ) nous avons vu dans ce conte la possibilité de se questionner sur la monstruosité, le pouvoir, la capacité à se perdre, se retrouver, le droit à l'erreur, le parcours initiatique et surtout sur la multitude de reflets, d'effets miroirs que produisent les versions et interprétations multiples du mythe. Il nous renvoie à notre propre image et à la difficulté voire la peur que suscite en nous les nombreux corridors de l'existence. C'est à partir de cette peur qu'il faut combattre pour ne pas rester tétanisé, médusé, pour avancer, s'aventurer, que nous allons travailler. Ce que font les jeunes protagonistes du mythe Thésée, Ariane, Perdix et Icare.

Dés lors, notre proposition est d'établir une relation entre le mythe et la réalité, que le lycée entre dans la mythologie.
Cette première semaine fut donc consacrée à la découverte et à la divulgation du mythe et à l'ébauche des futures pièces que nous créerons ensemble lors de la deuxième de résidence.
Pour cela nous devions dévoiler des « curiosités », ouvrir le cabinet, créer du mystère, des rencontres et aller vers une complicité en s'efforçant d'être toujours au plus près d'une approche labyrinthique de la pensée, de l'image et de la parole. En effet, pour créer un suspens, une attente, des interrogations nous avons pris soin d'éviter la linéarité d'un récit et tenté de créer des contre-feux, des impasses, d'impliquer les occupants du dédale mermozien dans la tentative de reconstitution du mythe, de participer à des expériences.
Concrètement nous avions réuni un ensemble de pièces assez succinct et en avons créé en cours de cheminement.

samedi 28 juin 2014

Le Cabinet Des Mythographes [Saison # 2] Projet Dédale: Le labyrinthe disparu [drap anthracite inflammable100% coton 200x200 + 4 sous-verres]

Pièce maîtresse de notre projet, le labyrinthe (16m sur 16m) réalisé dans la cour terrasse du lycée est la combinaison d'un plateau de jeu, de tournage video, de danse et des parcours obtenus lors de l'Expérience n°1 : Revenir sur ses pas*. Nous avons, en utilisant un principe de calques et de mise à l'échelle, dessiné au sol ce labyrinthe dont il ne reste que des souvenirs imprimés dans la tête de celles et ceux qui l'ont emprunté et des reproductions photographiables et photographiées et filmées.
 


curiosité n°001 : le labyrinthe disparu
[drap anthracite inflammable100% coton 200x200 + 4 sous-verres]
version apocryphe et photographiable d'un labyrinthe éphèmère qui a été pensé, tracé, réalisé, expérimenté par des mythographes de la première et de la deuxième génération. labyrinthe ou enceinte tauromachique localisé en avril 2014 dans un lycée métropolitain de la région languedoc-roussillon classé au patrimoine des œuvres architecturales nationales.

 
dédalus project a réalisé le labyrinthe ci contre
sur un site tauromachique dédié à l'oiseau-homme
où sont enfermés des citoyens-lycéens
- début des travaux : février 2014
- fin des travaux : avril 2014
- aux dimensions : 13x13
- machine de travail : mémorisation - collection - superposition de plus de 700 trajectoires des citoyens-lycéens à l'intérieur du site. projection de ces lignes d'erre à l'échelle 1/250000 sur la cour classée haute du lycée - réalisation picturale au blanc de meudon de cette projection - à partir de cette démultiplication de trajectoires aux contours sinueux et trompeurs, une architecture est apparue.
Overlook Inc - à Béziers-ville / siècle 21
*Expérience n°1 : Revenir sur ses pas

1 ; choisissez un jour / une heure où vous étiez au lycée (dans la semaine du 17 au 21 février)

2 ; pointez sur le plan l’endroit où vous étiez à cette heure ce jour-là (point A)

                                       Comment êtes-vous arrivés jusque là ?

3 ;  tracez (à l’aide d’une mine graphite) les 7 dernières trajectoires qui vous ont permis              d’arriver à ce point (A)

4 ; décrivez (à l’aide d’une liste de verbes) les 7 trajectoires qui vous ont menés jusqu’au point (A)

                    Décrire, c’est dire comment vous vous déplacez : ce que vous voyez et entendez
                    Conservez l’infinitif.

Le Cabinet Des Mythographes [Saison # 2] Projet Dédale: La boîte à vues [caisse en bois occultée - 165x100x70 ]

curiosité n°002 : la boîte à vues
[caisse en bois occultée - 165x100x70 ]
théâtre optique ou chambre noire donnant à voir des tableaux par le biais d'une ouverture pratiquée dans la boîte. des extraits mythographiques en trois dimensions sont ici suspendus et présentés. 

Cette pièce condense 2 installations montrées par nos soins lors de la première semaine de résidence. Ces installations que nous qualifions d'ouvrages (cousues mains) et non d’œuvres sont de prime abord obscurs et ne révèlent leur intention que lorsque nous nous retrouvons avec les occupants du lycée à décrire ensemble ce que nous avons sous les yeux. Subitement en quelques questions et remarques la parole se libère et nous entrons ensemble en mythographie, chacun faisant appel à sa mémoire mythologique et à son imagination spontanée. 

La mort d’Ariane
Située dans la cour principale du lycée, Ariane (une poupée sommaire portant couronne) s'est pendue au fil qu'elle avait donné à Thésée pour lui permettre de sortir du labyrinthe. Ce fil rouge se déroule depuis le dernier étage du bâtiment A où se trouve notre laboratoire, passe d'un toit à un autre, tisse une toile entre les arbres qui abritent la mort d’Ariane puis repart dans le bâtiment en empruntant une gouttière.

Le Vol d'Icare

Placée au dessus de l'entrée principale du lycée, Icare (une poupée sommaire portant des ailes) domine de son vol éphémère le lieux où tous les fumeurs se rassemblent avec leurs amis (pratiquement tout le lycée). Tel un drapeau il signale la présence du mythe dans l'enceinte du lycée, l'homme volant est lui aussi relié au fil rouge qui semble mener au même endroit que celui d'Ariane.

Le Cabinet Des Mythographes [Saison # 2] Projet Dédale: Le calicot tocilac el [drap blanc inflammable 15% coton -200x200 ]


curiosité n°003 : le calicot tocilac el
[drap blanc inflammable 15% coton -200x200 ]
programme minimum et réversible inscrit à la diable pour arpenter des labyrinthes antiques, plastiques et contemporains. composé de palindromes purs, ce calicot a été suspendu en février 2014 sur les hauts murs du lycée de l'oiseau-homme dans la ville jadis-romaine-de-Béziers-Méditerranée.

Palindromes  installation montrée par nos soins lors de la première semaine de résidence.
Sur un calicot de 4m2 environ placé sur la façade du bâtiment A à quelques mètre d'Icare, nous avons écrit : « Non »,  « Ressasser », « Eh ça va la vache »,« La mariée ira mal », « Engage le jeu que je le gagne »,autant de palindromes qui proposent à nos cerveaux de revenir sur nos pas.
Le palindrome (substantif masculin), du grec πάλιν / pálin (« en arrière ») et δρόμος / drómos (« course »), aussi appelé palindrome de lettres, est une figure de style désignant un texte ou un mot dont l'ordre des lettres reste le même qu'on le lise de gauche à droite ou de droite à gauche. Une manière de revenir cérébralement dans le dédale de la pensée et de l'écriture.

vendredi 27 juin 2014

Le Cabinet Des Mythographes [Saison # 2] Projet Dédale: La galerie de symboles [ 2m/30cm - bois/plexis-glas]


curiosité n° 004 : la galerie de symboles
[ 2m/30cm - bois/plexis-glas]
allumettes "jetées ensemble" reliées à un sens caché et représentant un personnage de manière imagée. le symbole réduit le personnage à un signe - forme, qualité, essence - qui le caractérise de manière intuitive et fulgurante.

Tout simplement l'exposition muséïforme d'une selection de symboles représentant les grandes figures du mythe labyrinthique (Minotaure, Ariane, Thésée, Minos, Dédale, Icare) réalisés par la plupart des élèves rencontrés lors de la semaine 2 de la résidence. Nous avons élaboré cette proposition à partir d'une discussion avec des élèves retors (voir bilan)qui ne voyaient pas à quoi pouvait servir la mythographie et nous avions eu recours à la symbolique de la marque et du mot Niké. Nous avons forgé un atelier pour préparer la semaine 2 et l'avons envoyé 10 jours avant notre retour aux professeurs pour qu'ils puissent dans la mesure du possible maintenir le fil du mythe avec les élèves. 
Cette série de curiosités correspond aux œuvres que nous avons finalisé à partir de la combinaison de nos propositions et de celles des élèves rencontrés lors des deux semaines de résidence.
Cette combinaison nous la nommons  « Jeter ensemble » dont on retrouve l'origine dans le mot « symbole »
Le mot « symbole » est issu du grec ancien sumbolon, qui dérive du verbe sumbalein (symballein) (de syn-, avec, et -ballein, jeter) signifiant « jeter ensemble » ou « mettre ensemble », « joindre », « comparer », « échanger », « se rencontrer », « expliquer ».

En Grèce, un symbole était au sens propre et originel un tesson de poterie cassé en deux morceaux et partagé entre deux contractants. Pour liquider le contrat, il fallait faire la preuve de sa qualité de contractant (ou d'ayant droit) en rapprochant les deux morceaux qui devaient s'emboîter parfaitement. Le sumbolon était constitué des deux morceaux d'un objet brisé, de sorte que leur réunion, par un assemblage parfait, constituait une preuve de leur origine commune et donc un signe de reconnaissance très sûr.

Le Cabinet Des Mythographes [Saison # 2] Projet Dédale: Danse de la Grue /Mythographie sur support numérique


curiosité n°005 : la danse de la grue
[home cinéma - 5 places numérotées. quadriphonie /rose-surround]
filmée en techincolor et en décor naturel un vendredi du mois d'avril 2014. version unique. ce film présente cette chorégraphie est une création originale des citoyens-élèves du lycée de l'oiseau-homme de la ville très contemporaine de Béziers-Nord.

Ce n'est sûrement pas pour sa technicité, sa qualité d'image et de montage que l'on peut qualifié cette curiosité de plus haute expression du « Jeter ensemble », loin de là. Ce que cette pièce a d'unique c'est qu'elle combine non seulement la proposition des Mythographes Dajan et Netbrec avec celles des élèves de 3 classes différentes, mais elle permet aussi l'assemblage d'un jeu grandeur nature, d'une danse et d'une réalisation filmique en abordant l'hypothèse historique que le labyrinthe n'était pas un bâtiment mais un parterre de danse dessiné par Dédale et permettant d'exécuter le Géranos ou La Danse de la grue : « Celui qui menait cette danse faisait et défaisait le cercle, pour simuler les tours et détours du Labyrinthe, et les autres danseurs le suivaient, à l'imitation des grues qui en suivent toujours une quand elles volent en troupe. » Et pour parfaire l'ensemble, cette pièce en associe plusieurs : les Palindromes et le labyrinthe, la semaine 1 et la semaine 2, l'Expérience n°1 et l'Expérience autour des symboles. Elle ajoute aussi un palindrome mystère qui renvoie chacun à sa propre identité et au secret du monstre.
Nous livrons ici les règles du jeu afin d'appuyer le côté hautement « symbolique «  de cette curiosité qui constitue une trace mythographique primordiale de notre travail.

 But du jeu

Découvrir le secret du labyrinthe.
Tenir sa parole.

Déroulement du jeu

Constitution d’équipes qui choisissent
- un parcours (entre une entrée et une sortie sans revenir sur leur pas) 
- la durée de leur parcours évaluée au préalable et respectée à la seconde prés
- un mode de communication excluant la parole
- 6 gestes symbolisant 6 palindromes 
- 6 moments ou endroits du parcours où seront exécutés ensemble les 6 gestes

Les palindromes sont :
-non
-ressasser
-ta bête te bat
-la mariée ira mal
-eh ! Ça va la vache ?
-engage le jeu que je le gagne

Réaliser le parcours annoncé ensemble dans la durée annoncée en exécutant les 6 gestes préparés comme indiqués ci-dessus.

Avertissements

- un 7éme moment ou endroit du parcours renferme le secret du labyrinthe et ne peut-être découvert que par une seule personne à la fois sous le regard de ses co-équipiers. Cette personne devra  répondre oralement (en tournant 7 fois sa langue dans sa bouche cette fois et seulement cette fois) au 7éme palindrome accompagnant le mystère. Elle cédera ensuite sa place au suivant sans révéler ce qu’elle a trouvé. 

- Lors du  7ème moment le temps sera suspendu

Aucun objet permettant de se défendre et de se repérer n’est autorisé dans le labyrinthe (fil, craie, marqueur, stickers, téléphone, kalachnikov, drone, satellite, carte routière, plan de paris, boussole, sabre laser, opinel, plumes de perdrix…)

mardi 24 juin 2014

Le Cabinet Des Mythographes [Saison # 2] Projet Dédale: Rencontre avec le monstre/Support audio numérique

Le parti pris du « Jeter ensemble » était, en plus d'être un mode d'action, un préalable à la « Rencontre avec le monstre » troisième et dernier volet de notre projet.
Cette rencontre ne pouvait en effet se produire qu'en fin de parcours, comme une conclusion à cette exploration, cette expérience de 2 semaines.


                                         

https://soundcloud.com/cabinet-des-mythographes/rencontre-avec-le-monstre 

curiosité n°006 : rencontre avec le monstre
[ébauche - jeu spéculaire branché sur audiophone]
Rencontre avec le monstre. À partir de l’intuition d’une élève, nous avons interrogé le mythe et marché dans les lacunes de la mythologie. Et récolté 10 témoignages mythographiques, 10 apnées qui sont autant de nouvelles entrées dans la fiction. 


Toute la dernière journée de résidence fût consacrée à des entretiens en tête-à-tête avec une dizaine d'élèves que nous sommes allés cueillir dans leur classe de façon impromptue et que nous avons soumis à la question dans un dispositif vidéo nommé Labrimaton scrutant le témoin sous deux angles de vue et leur renvoyant leur propre image comme un miroir et suivant l'appareil interrogatif qui suit :
Point de départ :

Ariane se tue parce que son frère est mort. Le Minotaure était donc aimé, donc aimant ? Les enfants sont punis/meurent à cause de leurs pères : Icare parce que Dédale a trahi Minos Le Minotaure parce Minos a trahi Poséidon

Qui décide que le Minotaure est un monstre ?
Le Minotaure est-il coupable ? Pourquoi ?
Qu’est-ce qu’un monstre ?
Qu’est-ce qu’un monstre aujourd’hui ?
A-t-il des émotions ? Pourquoi ?
Un monstre peut-il vivre ailleurs que dans un labyrinthe ? Pourquoi ?
Accepteriez-vous de le rencontrer ? Pourquoi ?
Que lui diriez-vous ?
Que vous dirait-il ?

Cette pièce ne restitue que les voix entendues ce jour-là, permettant ainsi de mettre en valeur toute l'oralité qui a traversé sans discontinuer ces deux semaines d'aventure et qui montre combien ces jeunes gens sont investis dans l'élaboration de la fiction.

 

lundi 23 juin 2014

Le Cabinet Des Mythographes [Saison # 2] Projet Dédale: Les Dernières Heures d'Asthérion/Mythographie sur support papier mise en images et en voix numérisées



 curiosité n°007 : les dernières heures d'Asthérion
[encre sur papier. cahier 72 pages -- moleskine. Mis en voix et envisagé sur support numérique]
fragment de prose daté du XXIème siècle retrouvé sur un site tauromachique de la banlieue languedocienne de méditerranée occidentale. ce récit mythographique raconte les derniers instants d'un héros / d'un monstre de la mythologie classique / et contemporaine, dont tout le monde a oublié le nom et la nature véritable.

Pièce ultime de ce cabinet de curiosité « les dernières heures d'Asthérion » est une commande que Dajan et Netbrec ont passé à Léhanne, élève de 1Com, après sa rencontre avec le monstre. C'est une nouvelle au sens littéraire du terme, une très grande surprise pour nous car nous avions pris le parti dès le début de ne pas engager les participants dans une écriture littéraire, Léhanne en nous confiant qu'elle y consacrait son temps, nous a incité à outrepasser nos règles et le résultat a donné lieu pour la première fois à la création d'un manuscrit et à une mise en voix et en image que nous considérons comme inachevée mais annonciatrice d'une pièce future plus élaborée pour couronner ce grand moment que fût la journée de rencontre avec le monstre.  


 
Les dernières heures d'Asthérion

En réalité, je ne sais plus qui je suis. Un homme ? Un animal ? Ou bien, un monstre ? Je sombre dans la folie depuis que je suis ici... Je voudrais m'enfuir, sortir de ce labyrinthe, pouvoir rejoindre Ariane. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai peur. Peur de la mort. Je sens qu'elle approche, plus vite que je peux l'imaginer. Depuis que je suis enfermé ici, je ne fais que désespérément chercher la sortie. Je tourne en rond. Je reviens sur mes pas. Je deviens complètement fou. Mais le plus dur dans tout ça, c'est que je suis seul. Horriblement seul. J'ai tous ces humains autour de moi. Tous ces humains morts. Morts de mes mains. Si je peux encore les considérer comme des mains. Quand je tue quelqu'un, je suis un animal, je ne suis qu'un monstre. Mais quand je pense à Ariane je me sens humain, je ressens ce que que les Hommes appellent le « sentiment de l'amour ». Mais au fond, est ce que je lui manque ? Est ce qu'elle pense à moi ? Au moins un petit peu ? Je n'ai qu'un seul souvenir d'elle. Ce bracelet tressé de laine rouge qu'elle m'a offert quand nous étions jeunes. Il ne me reste que ça de ma vie d'avant. Je regrette ma vie d'avant. Vraiment. Aujourd'hui j'ai toujours cette impression que quelqu'un approche pour me tuer. Encore une fois. Mais maintenant, je suis fatigué. Je suis épuisé de tout ça. Cela fait tellement longtemps que je n'ai pas eu une vraie nuit. Des hommes, ayant pour mission de nuire à mon existence, pourrait bien me surprendre dans mon sommeil. Je sens la peur monter en moi. C'est la première fois que j'ai autant peur. Peur de mourir mais aussi de ne jamais revoir Ariane. Pourquoi devrais-je mourir ? Pourquoi moi ? Qu'ai-je fait pour mériter ça ? Je suis né différent... Et alors ? Est ce une raison pour me tuer ? Je hais Minos. C'est à cause de lui que je suis né. Mais je le remercie. Je regrette d'être né, mais la rencontre d’Ariane me donne une raison de vivre. J'aurais tellement aimé être normal. Enfin, humain quoi... ///J'étais perdu dans mes pensées, une fois de plus. Mais cette fois-ci, plus que d'habitude. Je regardais le ciel. Il était d'un bleu éblouissant. Ravissant même. Un bleu si profond qui me rappelle la beauté des yeux d'Ariane. Je voulais partir. M’évader d'ici. Pouvoir vivre tous simplement. Une dizaine de minutes passa. Rien ne pouvait couper le fil de mes pensées. Rien, sauf la sensation d'une présence. Oui, quelqu'un est là, derrière moi. Un mélange de sentiments incontrôlables m'envahit. A la fois de la haine, de la peine, de la peur mais aussi de la rage. J’étais désorienté, plus que les autres fois. Mon instinct me dit d'attaquer sans plus attendre et mon premier réflexe fut de me retourner le plus vite possible et de bondir vers lui.
Mais mon corps se figea à la vue d'une pelote de laine rouge présente dans ses mains. Elle laissait derrière lui une ligne rouge disparaître dans les profondeurs du labyrinthe. ///
  • M: Qui es-tu ? Ou as-tu obtenu ce fil ?

  • T: Et bien, mon ami. Ou plutôt cher Monstre. Puisque c'est moi qui vais te tuer, je pense que tu as le droit de savoir qui va mettre fin à ta misérable existence. Je suis Thésée, jeune athénien, qui après avoir réussi les épreuves que l'on m'a soumises, est venu jusqu’ici accomplir ma mission ! Te tuer ! Et ce doux et soyeux fil de laine m'a été offert par la ravissante jeune demoiselle qui va devenir ma femme afin d'avoir toute mes chances pour revenir à l'entrée du labyrinthe sans encombre.

  • M: Quel est son nom ?!

Je ne lui parlais plus. Je hurlais. Je ne voulais pas connaître la réponse. Mais il fallait que je le sache. Pour ma conscience.

  • T: Je suis sûr que tu la connais ! Son nom c'est... Ariane !

Dans sa voix … je sentais de l'amusement. Mais moi je n’étais pas du tout amusé. Pourquoi ? Ce n'est pas possible... Pas elle... C'est la seule qui a été proche de moi. La seule qui m’a accepté comme j'étais. Pourquoi voudrait-elle que je meurs ? C'est insensé...
  • M: Alors comme ça, même Ariane veut que je meure ?

Ce fut horriblement dur pour moi de prononcer ces mots. Je ne voulais pas y penser. Pour moi c’était tout simplement impossible. Ariane était ma seule raison d'être.

  • T: Mais voyons. Tous le monde souhaite ta mort !

Sa voix était remplie d'ironie et en temps normal cette phrase m’aurait énervé au plus haut point. Mais je ne ressentais plus aucune haine désormais. Elle avait laissé place à tristesse et au désespoir. Si Ariane voulait que je meure alors je devais mourir.

  • M: Tue moi...
  • T: Comment ?
  • M: TUE-MOI ! AVANT QUE CE SOIT MOI QUI TE TUE !
  • T: C'est presque trop facile comme ça.

Il ne me restait que quelque minutes à vivre, je le savais, j'allais mourir. J'avais passé les trois dernières heures à me lamenter sur mon sort, et j'allais mourir là, comme ça. Il se dressa devant moi. Il faisait deux têtes de moins que moi. J'aurais pu le tuer facilement. Aussi facilement que j'avais tué les autres. Il brandit son épée et la planta droit dans mon cœur. Une douleur atroce m'envahit, mais ce n'était rien comparé à ce que je pouvais ressentir pour Ariane. Au moment où il retira son épée, je m'effondrais sur le sol. Mon sang, coulée à flot de ma poitrine, se mêlant au sang des cadavres qui se trouvaient là. Les minutes me paraissant comme une éternité. Je vis ma vie défiler devant mes yeux. Mes plus beaux souvenirs étant ceux passés avec Ariane. Malgré la mort qui m'envahissait de plus en plus, me prenant chaque partie de mon corps, je réussis à bégayer quelques derniers mots. Ma dernière faveur.
  • Dis à Ariane... que je l'aime...
La dernière image que je pus voir fut Thésée s'en allé dans l'obscurité du labyrinthe me laissant derrière lui, à jamais prisonnier de ces dédales. J'aurais pu y arriver. J'aurais pu réussir à m'en sortir. J'avais juste à le tuer, comme j'ai si bien fait avec les autres, et à suivre le chemin de laine. Peut-être que les autres m'aurait enfin accepté tel que je suis. Et j'aurai pu revoir Ariane. Ma douce Ariane. Mais je ne l'ai pas fait. Pour toi justement... Parce que je t'aime... Ariane...

Une larme s'échappa des ses yeux... Ce fût la première et la dernière.

Asthérion, mort par amour.